Vers une modélisation hydrologique intégrée : du MNT au bassin versant dans HEC-HMS

La délimitation des bassins versants pour la modélisation hydrologique a longtemps reposé sur des outils SIG externes. Dans la pratique, les utilisateurs combinaient généralement ArcGIS avec HEC-GeoHMS ou des solutions comme QGIS et GRASS pour préparer les données topographiques.

Le workflow classique consistait à traiter le modèle numérique de terrain (MNT), corriger les dépressions, calculer les directions d’écoulement, générer les accumulations, définir le réseau hydrographique, puis exporter l’ensemble vers HEC-HMS.

Cette organisation, bien qu’efficace, impliquait de nombreuses étapes intermédiaires et des échanges de données entre logiciels différents, avec parfois des pertes de précision ou des erreurs de projection.

Depuis la version 4.4 de HEC-HMS, une évolution importante a été introduite : l’intégration directe des outils de traitement de terrain dans le logiciel. Il est désormais possible de réaliser la délimitation complète d’un bassin versant sans quitter HEC-HMS.

Apport de l’intégration SIG dans HEC-HMS

L’intégration des outils topographiques dans HEC-HMS permet de centraliser tout le processus de modélisation dans un seul environnement.

Cela apporte plusieurs bénéfices concrets :

  • Réduction des transferts entre logiciels ;

  • Diminution des erreurs liées aux formats et projections ;

  • Cohérence directe entre MNT et modèle hydrologique ;

  • Automatisation de la création des sous-bassins et du réseau de drainage ;

  • Gain de temps important dans la préparation du modèle.

En pratique, un simple MNT devient suffisant pour générer une structure hydrologique complète.

Importation du MNT

Le processus commence par la création d’un projet HEC-HMS et l’importation d’un modèle numérique de terrain géoréférencé.

Le choix du système de coordonnées est essentiel. Un MNT en projection métrique (type UTM) est fortement recommandé afin d’assurer la fiabilité des calculs de surface, de pente et de distance.

Une fois importé, le MNT est intégré au modèle de bassin et utilisé comme base pour toutes les analyses hydrologiques.

Correction des dépressions du terrain

Les MNT contiennent souvent des dépressions artificielles qui bloquent artificiellement l’écoulement de l’eau.

HEC-HMS propose une étape de correction appelée Sink Fill, qui permet de combler ces dépressions et de produire une surface hydrologiquement cohérente.

Cette étape est indispensable pour garantir la continuité des écoulements sur l’ensemble du domaine.

Directions et accumulation des écoulements

Après correction du MNT, HEC-HMS calcule automatiquement les directions d’écoulement pour chaque cellule du raster.

À partir de ces directions, le logiciel génère la couche d’accumulation, qui représente le nombre de cellules amont contribuant à chaque point du bassin.

Les zones à forte accumulation correspondent généralement aux talwegs et aux axes principaux du réseau hydrographique.

Une bonne visualisation de cette couche est essentielle pour comprendre la structure du bassin et préparer l’extraction du réseau de drainage.

Extraction du réseau hydrographique

Le réseau hydrographique est généré à partir de la couche d’accumulation en définissant un seuil de drainage.

Ce seuil correspond à la surface minimale nécessaire pour qu’un écoulement soit considéré comme un cours d’eau.

Le choix du seuil influence directement la structure du modèle :

  • Seuil faible → réseau dense avec beaucoup d’affluents ;

  • Seuil élevé → réseau simplifié avec uniquement les cours principaux.

Ce paramètre doit être ajusté en fonction de la taille du bassin et de la résolution du MNT.

Identification du canal principal

Une fois le réseau généré, HEC-HMS permet d’identifier les cours d’eau en fonction du seuil choisi.

Ce processus met en évidence les axes principaux de drainage.

Un réglage progressif du seuil est souvent nécessaire pour obtenir un réseau cohérent avec la réalité du terrain.

Définition de l’exutoire

L’étape suivante consiste à définir le point de sortie du bassin (outlet).

Dans HEC-HMS, ce point est matérialisé par un break point placé directement sur le réseau hydrographique généré.

Il peut correspondre à une station hydrométrique, un barrage, une prise d’eau ou tout autre point d’intérêt.

Le positionnement doit être précis : le point doit impérativement se situer sur une cellule du réseau de drainage, sous peine d’erreur lors de la délimitation.

Délimitation automatique des sous-bassins

Une fois l’exutoire défini, HEC-HMS génère automatiquement la structure complète du bassin.

Le logiciel construit :

  • les sous-bassins ;

  • les tronçons de rivière ;

  • les jonctions ;

  • les points de connexion hydrologique.

Chaque élément est intégré directement dans le modèle de bassin et prêt pour la simulation hydrologique.

Calcul automatique des paramètres géométriques

Un des avantages majeurs de cette approche est le calcul automatique des paramètres morphométriques.

HEC-HMS fournit notamment :

  • la surface des sous-bassins ;

  • la longueur du cours principal ;

  • les pentes moyennes ;

  • la longueur hydraulique ;

  • la densité de drainage ;

  • le relief ;

  • la sinuosité des cours d’eau ;

  • différents indices morphologiques.

Ces paramètres sont directement dérivés du MNT et servent de base pour la paramétrisation des modèles pluie-débit.

Ils sont particulièrement utilisés pour l’estimation du temps de concentration et des réponses hydrologiques du bassin.

Ajustement et optimisation du modèle

La délimitation automatique ne constitue pas une étape finale, mais une base de travail.

HEC-HMS permet ensuite d’ajuster la structure du bassin :

  • fusion de sous-bassins pour simplifier le modèle ;

  • subdivision de zones pour ajouter des points de contrôle ;

  • adaptation du réseau selon les besoins de l’étude.

Ces modifications permettent d’obtenir un modèle plus réaliste et mieux adapté aux objectifs hydrologiques.

Position par rapport aux SIG externes

Les SIG externes restent utiles dans certains cas spécifiques, notamment pour :

  • les analyses d’occupation du sol ;

  • les traitements avancés de MNT ;

  • les études multi-critères ;

  • les projets nécessitant un contrôle spatial très fin.

Cependant, pour la majorité des études hydrologiques classiques, HEC-HMS est désormais suffisant pour réaliser l’ensemble du processus de délimitation.

Conclusion

L’intégration des outils de traitement de terrain dans HEC-HMS représente une évolution majeure dans la modélisation hydrologique.

Elle permet de passer directement d’un MNT à un modèle hydrologique structuré sans dépendance à un logiciel SIG externe.

Ce flux de travail améliore la cohérence des données, réduit les erreurs potentielles et accélère considérablement la phase de préparation des modèles.

Dans les pratiques actuelles, cette approche constitue une solution efficace, robuste et adaptée aux besoins des ingénieurs hydrologues et des bureaux d’études.

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